Mémoire de la connaissance
Le manuscrit a été au Maroc, et durant des siècles, un puissant vecteur de connaissance. Il a permis à notre pays d'édifier un système culturel cohérant et pérenne, aisément transmis d'une époque à l'autre, générant également un système éducatif basé sur l'enseignement des universités traditionnelles et des anciennes Médersas. Il a surtout été au cour d'un échange culturel florissant, s'enrichissant ainsi de manuscrits andalous et orientaux et enrichissant à son tour de nombreuses bibliothèques à travers le monde.
Et si le manuscrit est aujourd'hui, en soi, une histoire du savoir, il n'en garde pas moins une valeur intemporelle à travers ce qu'il propose comme élément de connaissance et comme texte exceptionnel relatif à la Pensée, la Littérature, l'Art, la Théologie, la Langue, la Mystique, la Médecine, l'Astronomie, et l'Algèbre,. Ce legs constitue une composante essentielle de notre identité et une précieuse référence parmi les références de la civilisation universelle, participant ainsi au brassage des cultures. Il constitue également un remarquable fonds attirant les chercheurs de par le monde.
Les pages de ces manuscrits ont abrité érudits, poètes, papetiers, scribes, calligraphes, et enlumineurs de tout temps, permettant ainsi d'accueillir ce patrimoine inestimable et de l'investir comme mémoire commune de l'Humanité.
C'est également un art authentique qui témoigne de l'effort phénoménal fourni par nos ancêtres pour garantir, dans des conditions difficiles, la transmission du savoir bien avant la découverte de moyens techniques capables de la réaliser de manière optimale.
Le royaume du Maroc, en présentant au public quelques-uns de ses précieux manuscrits, est fier des étapes importantes franchies ces dernières années, grâce à la Haute Sollicitude de Sa Majesté le Roi Mohamed VI que Dieu le Glorifie, en matière de sauvegarde et de traitement de ce fonds ainsi que de sa mise en valeur à travers la recherche et l'échange. Cette avancée doit également aux efforts pratiques des laboratoires nationaux, notamment ceux de la Bibliothèque Nationale et de la Bibliothèque Qarawiyine, mais aussi au travail d'indexation de la Bibliothèque Royale. D'autres initiatives comme l'attribution du Prix Hassan II des manuscrits ou encore les différentes recherches universitaires contribuent à cet effort commun de préservation du manuscrit, et de sa protection contre toute opération illicite.
Aujourd'hui, les technologies modernes de traitement et de numérisation des manuscrits ouvrent de nouvelles perspectives pour la restauration et la sauvegarde de ce patrimoine. Mais l'usage de ces techniques récentes n'a-t-il aussi pour conséquence de nous priver progressivement de tout contact physique avec le manuscrit, et par là même de toute possibilité d'en admirer les atours artistiques, calligraphiques et ornementaux ? Là réside l'une des raisons de la tenue de cette exposition nationale qui, indépendamment de sa portée intellectuelle, est une opportunité pour le public d'éprouver un lien palpable au manuscrit avec ce que cela représente comme spiritualité de l'écrit et fascination mêlée de crainte que suscite le signe. Signe par lequel le Tout-Puissant a fait sermon dans maintes sourates de son Livre sacré et dont la plus parfaite illustration est contenue dans cette parole divine « N. Par la plume et par ce qu'ils écrivent » (Sourate La plume, 68, verset 1).
Mohamed ACHAARI
Ministre de la culture
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