| Al
Aita
« C’est principalement dans les
plaines bordant l’atlantique qu’ « al aîta
» est le plus appréciée. Le genre est particulièrement
pratiqué dans la région de chawiya, dukkala et abda,
c’est-à-dire dans l’axe Casablanca-Safi. On
retrouve aussi al aîta dans les plaines de z’ayer,
à Beni Mellal et au hawz, avec des variantes consacrées
(…). On peut avancer deux interprétations différentes
du mot « aîta » : selon la première,
il s’agirait d’une dérivation du verbe «
ayyat » («appeler» en arabe dialectal) ; d’après
la seconde, il s’agirait d’une déformation
de «ghayta» (haut bois populaire). Nous privilégions
la première version car il y’a effectivement un appel
: presque toutes les aîta commencent par l’invocation
d’Allah et de ses saints ; le fait d’appeler a d’autres
connotations : celle d’anticiper, de rechercher et de demander
l’inspiration.
Selon les régions, al aîta prend des qualificatifs
différents, elle est marsâwiya au littoral, za’riya,
mellaliya et jabbalia. En plus de ces variantes principales, il
existe à Safi une aîta spéciale appelée
« haçba », son répertoire est limité
à quelques exemples du genre.
Toutes les ayût, à l’exception d’al aita
za’riya qui est monorythmique, usent des changements rythmiques
et selon une coupe généralement à trois phases
progressivement accélérées.
Les ayût sont souvent chantés par un groupe d’hommes
et de femmes. Dans le cas où celles-ci sont absentes, l’un
des hommes du groupe revêt des habits féminins et
imite la voix et la danse des femmes. La aîta de Wlad Hmar
en est une bonne illustration. (…).Selon Mohamed Ab Hamy,
le genre aîta est partie de sa plus simple expression «
al muglâ » (la distique ») pour devenir au fil
du temps une composition élaborée dont le meilleur
modèle est la variante « marsâwi »
Le « marsâwi » et composé de deux parties
contrastant par la rythmique et le caractère. Chaque partie
comporte des strophes « qatibât » reliées
par des cadences et des transitions poétiques « hatta
». la aîta se termine par une « sadda »
c’est-à-dire une cadence conclusive.
La première partie est lente, elle est appelée «
lafrash » (littéralement : le lit, le drap de dessous).
Elle commence par l’introduction musicale qui prépare
l’entrée du chant. Souvent l’introduction est
un taqsim puis une exposition du thème chanté sans
rigueur rythmique. La phrase principale du chant est répétée
du début jusqu’à la fin ; de la première
partie, elle ne subit qu de menus changements.
La deuxième partie, d’allure
rapide, est appelée « ghta » (couverture).
Ici, le rythme enjoué impose la danse. Celle-ci est réglée,
calculée, on l’appelle pour cette raison «
hsâb » (littéralement : calcul). Les plus jeunes
parmi les chikhat exécutent devant le public des danses
sensuelles (jeu du ventre et des hanches, ondulations et frémissements
du corps, balancements de la chevelure…), puis le chant
reprend par un dialogue entre la chika principale et le reste
des chikhat et des musiciens. »
Musiques
du Maroc, A. Aydoun |