© Minstère de la culture - 2003



              CHAIBIA TALLAL

1966 Goethe Institut , Casablanca - Maroc
Galerie Solstice, Paris - France
‘Salon des Surindépendants’ , Musée d’Art Moderne, Paris France

 

1969 ‘Ecole marocaine’, Copenhague
‘Kunstkabinett’, Francfort – RFA
1970 ‘Les Halles aux Idées’ , Paris – France
1971 ‘Dar America’ à Casablanca , Rabat , MarraKech , Fes , Tanger – Maroc.
1972 Ventes aux enchères à Drouot, Paris – France.
1973 Galerie ‘L’œil de Bœuf’ (CIPAC), Paris – France.
1974 Galerie ‘L’ oeil de Bœuf’ , Paris – France.
Galerie ‘Ivan Spence’ , Ibiza – Espagne.
‘Salon des Réalités Nouvelles’, Paris – France.
1975
Galerie ‘L’œil de Bœuf’ , Paris - France
1976 Biennale d’Art, Menton – France
1977 Deuxième Biennale Arabe, Rabat – Maroc.
‘Salon de Mai’ au Musée d’Art Moderne, Paris – France. ‘Salon des Réalités Nouvelles’, Paris – France.
Exposition collective au Brésil.
1978 Centre culturel Chorégraphique , Paris – France
1979 Centre culturel de Montmotillon , Paris – France
1980 Galerie ‘L’œil de Bœuf’ , Paris – France.
Galerie ‘Ibtissam’ , Tunis - Tunisie.
Galerie ‘Engel’ , Rotterdam
‘Art 80’, Paris - France
Fondation Juan Miro, Barcelone – Espagne
Exposition en Irak
1981 Galerie ‘L’œil de Bœuf’ , Paris – France
1982 Galerie ‘Alif Ba’, Casablanca – Maroc
Musée de Cagne –sur – Mer – France

 

 

 

1983 Galerie ‘Ibtissam’ , Tunis – Tunisie
Galerie ‘L’œil de Bœuf’ , Paris – France
1984 Institut Français d’Athènes - Grèce
« La Femme et la Méditerranée » à la Galerie Municipale de vitry –sur –Seine – France
1985 Institut Français de Barcelone - Espagne
« La Femme et la Méditerranée » à la galerie ‘L’œil de Bœuf’, Paris – France
‘Salon de Mai’ au Grand Palais, Paris – France
« 19 peintres du Maroc » au Centre National d’Art Contemporain, Grenoble – France
Galerie d’art Llimoner - Espagne
Maison de la culture , Grenoble - France
Galerie Nadar , Casablanca – Maroc
« 19 peintres du Maroc », au Musée des Arts Africains et Océaniens, Paris – France
1986 Galerie ‘Le Carré Blanc’ en suisse
« Indomptés de l’art », Besançon – France
Musée Granville - France
Galerie ‘Dawliz’, Casablanca – Maroc
2ème Biennale de la Havane – Cuba
‘Salon d’Automne’ au grand Palais, Paris – France
« 13 peintres contemporains » à l’hôtel Mansour, Casablanca – Maroc
Musée Al Batha, Fès – Maroc
1987 ‘Raleigh Contemporary Galleries’, Caroline du Nord – USA
1988 Expositions à Oostende , Bruxelles et Liège - Belgique
Galerie ‘Ana Izak’ , Beverly Hills ,Usa
Musée des Beaux Arts d’Ixelles, Bruxelles – Belgique
Musée d’Art Moderne, Paris – France
« 5 Contemporary Maroccan Artists », The Africain Influence Gallery, Boston – USA
1989 Galerie ‘L’œil de Beauf’, Paris - France
Galerie ‘Carrée noir’ - Suisse
1990 « Neuve Invention » à l’Institut suisse à New York (collection art brut de Lausanne ) - USA
Institut du Monde Arabe , Paris - France
1991 Galerie Frédéric Damgaard, Essaouira – Maroc
1993 Musée de l’Ephèbe, Cap d’Agde - France
« le Tondo Aujourd’hui » au Muée de Saint Ingert - Allemagne
« les Créateurs de l’Art Brut de la Neuve Invention » au Musée de l’Elysée, Lausanne - Suisse
Musée National de Washington – USA
1995 Centre Culturel de Marrakech – Maroc
1996 ‘The National Museum of Women in the Art’, Washington – USA
1997 Centre Culturel ‘le Quartz’, Brest – France
1998 Galerie ’Fallet’, Genève – Suisse
1999 ‘Outsider Art Fair’, New York - USA
Galerie ‘les 4 coins’, Lapalisse - France
Musée de l’Art en marche, Lapalisse - France

COLLECTIONS PUBIQUES :

  • Fonds National d’Art Contemporain, Paris – France
  • Musée de l’Art Brut (Collection Neuve Invention), Lausanne – Suisse
  • Musée des Arts d’Afrique et d’Océanie, Paris – France
  • Musée de l’Art en Marche, Lapalisse – France
  • Fondation Cérès Franco, Lagrasse – France
  • Musée d’Art Vivant, Tunis – Tunisie
  • Site de la Création Française, Begles – France

COLLECTIONS PRIVEES :

Les œuvres de l’artiste Chaïbia font partie de nombreuses collections privées au Maroc et à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, en Grande Bretagne, en France, en Italie, au Liban, en Egypte, en Inde, au Canada, en Espagne, en Suisse, en Hollande, en Belgique, à Haïti, au Japon, en Australie, en Nouvelle Zélande, en Suède, au Danemark et en Allemagne.

CHAIBIA OU LA SINCERITE
A LA SOURCE DE L’ART

Fatima MERNISSI

Dans cette lettre que vous ne lirez pas, Chaïbia -car, à l’égal de ma propre mère, vous n’avez pas été initiée au décodage des lettres, ou « alphabétisée », comme on dit chez les fonctionnaires..., je vous présenterai dans une langue étrangère ce que j’exprimerais peut-être moins bien dans notre dialecte : mon admiration et mon affection.

Je vous admire, parce que dans une société programmée pour humilier la femme, vous avez déjoué les plans et démonté les mécanismes : sans préméditation sans arme, la quête de la dignité devenant le réflexe le plus naturel de survie, de vie-avec ou sans diplômes. Car, vous le savez bien, certaines sociétés organisent l’humiliation de l’individu comme elles organisent la sécurité sociale et les congés payés... Dans la nôtre on a coutume de dire que ceux qui n’ont pas eu la chance d’apprendre à lire et à écrire, pour eux, aucun accès possible à la création : seuls les collectionneurs de titres auraient la licence de créer. Les autres comme vous-même, Chaïbia, comme ma mère ou ma cousien-vous autres qui avez le malheur d’être nées quelques années avant moi, d’être nées tôt ou trop loin des grandes cités (la scolarisation massive n’a démarré au Maroc qu’après l’Indépendance, vers la fin des années cinquante), vous êtes les interdites de séjour dans les espaces de la création. Or, c’est là, Chaïbia, que vous êtes entrée en scène, déréglant scénarios et scénaristes, troublant acteurs et souffleurs, redéployant les mirages du beau selon votre propre loi, celle du talent jaillissant.
Vous vous êtes introduite dans un univers éminemment surveillé : celui de la peinture moderne, venue d’ailleurs avec une toile verticale, des pinceaux, de la couleur artificielle..., venue d’une ville lointaine qu’on appelle Paris. Vous vous êtes introduite en silence, comme seules savent le faire les femmes arabes, dans les lieux des pouvoirs, le pouvoir de créer, le pouvoir de s’exprimer, le pouvoir de vendre son oeuvre au prix élevé à sa dignité, le pouvoir d’incruster dans la toile notre réelle valeur. Valeur dont l’authenticité, aujourd’hui, se monnaye en dollars, en francs lourds, à travers les musées, les galeries... Et tout cela s’accomplit avec notre tenue traditionnelle et vos bijoux qui défient les modes fugaces, et votre henné, et la malice de la chevelure sous vos foulards qui n’ont rien à voir avec les insignes qu’on imagine, qui sont pure coquetterie, rire et gouaille de Casablanca.

Je vous admire pour tout cela et pour votre malice..., quand vous me saluez avec cette ironie taquine qui donne la pétoche : « Alors, Al-Qaria ? ». En insistant ainsi –gentiment- sur ce dont vous n’avez guère bénéficié –à savoir l’accès aux études, aux diplômes- vous nous mettez tous à nu : nous réduisant à l’humain, à sa grandeur et sa responsabilité. Je vous avais un jour demandé : « Pourquoi me parlez-vous toujours d’instruction ? Vous vous débrouillez mieux que bien des maîtres d’université... » Et votre réponse m’a éclairée beaucoup plus qu’une longue dissertation : « J’insiste sur l’éducation parce que l’analphabétisme est une blessure. Il faut préparer un Maroc où aucune femme ne soit blessée. Même lorsqu’on réussit, cette blessure ne guérit point. » je vous aime, Chaïbia, parce que vous réveillez notre conscience, non pas avec les grandes trompettes des militants, mais avec notre succès, votre authenticité. Vous aimez ce qui est différent : pour mieux refléter ce qui est intérieur. Vous êtes ouverte à l’Occident, vous aimez les Français les Américains, tous ceux qui parlent et se comportent différemment de vous : parce que l’essentiel, en vous, n’est absolument pas menacé : la sincérité d’être. Vous avez du succès parce que vous avez confiance en ce que vous êtes : une petite lumière qui flotte et clignote et qu’on appelle un être humain même si vous êtes une femme que ça et là des hommes considèrent un être futile, secondaire, sans poids... Votre réponse à toute société qui méprise les femmes analphabètes éclabousser leurs nuits de vos éclats de couleurs, balayer les stéréotypes en créant, calmement, une beauté qui n’a pas besoin de se prouver à qui que ce soit : elle éclaire tout simplement celui qui la voit.

Avec tous mes respects à cette lectrice qui n’a pas besoin de lire, car elle est toute absorbée par son humble, son infini destin : faire des miracles en silence et vous dire qu gré des rencontres, le sourire et l’éclaire malicieux dans ses yeux toujours entourés de khol : « Alors, Al-qaryin ? ».

« Alors, les instruits ? ». Oui, Chaïbia, vous nous bien eus, et dépassés tous avec tous nos diplômes : dépassés par votre talent.