Le musée
se compose d'un jardin intérieur, dont le tracé rappelle
les palais et maisons traditionnels avec un bassin au centre, une fontaine
murale recouverte de zellige et surmontée d'un auvent en bois couvert
de tuiles rondes, un espace cafétéria qui occupe la terrasse
de la forteresse sur laquelle sont exposés de nombreux canons d'origine
portugaise et deux espaces d'exposition au rez-de-chaussée et à
l'étage. L’exposition
Lieu de rencontre, de contact et de fusion de
nombreuses cultures à la fois autochtone, ottomane, européenne
et surtout andalouse, la ville de Tétouan et sa région
offrent aux visiteurs l'exemple concret d'un foyer culturel authentique
et singulier qui ne laisse pas se tromper sur son identité.
A travers ses expositions, le Musée ethnographique
de Tétouan illustre un certain nombre de ces aspects culturels
et ethnographiques de la ville et sa région selon deux thématiques
essentielles: vie publique et vie privée.
La première se réfère
aux différentes activités et pratiques socio-éducatives
et religieuses dont la scène est l'espace public (mosquée,
zawiya, espace artisanal...).
La deuxième se réfère aux différentes pratiques
et activités qui se déroulent à l'intérieur
de la maison qui constitue l'espace intime de la femme et de la famille.
Espace d’activité et de vie collective
Outre l'espace jardin et cafétéria
qui sont une assimilation de l'espace publique, le rez-de-chaussée
a été réparti en trois espaces d'exposition: un
espace d'orientation général, un espace d'artisanat et
d'échange et un espace pour le culte, les pratiques socio-éducatives,
religieuses et la vie communautaire.
Le patrimoine artisanal
Tétouan et sa région comptaient
parmi les centres de production artisanale les plus importants à
l'échelle régionale et nationale La production artisanale
traditionnelle couvrait de nombreux métiers importés d'Andalousie
avec l'arrivée des mauresques à partir du 15ème
siècle ou connus dans la région depuis fort longtemps
tels que le travail du cuir, bois peint, tissage, poterie et céramique...,Ie
Musée se limite à la présentation et à l'interprétation
des métiers les plus caractéristiques de cette région
à savoir le zellige, la poterie rifaine et le travail du cuir
Le travail du zellige: marqueterie en terre cuite
émaillée
Il constitue l'un des métiers artistiques les plus caractéristiques
de la ville de Tétouan, il se caractérise par sa technique
de façonnage, ses couleurs et ses aspects de surface qui lui
donnent une singularité et une authenticité particulières.
La poterie rifaine
C'est une poterie modelée à la
main selon une tradition fort ancienne; c'est une production essentiellement
domestique à usage culinaire souvent sans décors ou à
décors géométrique simple, ciselée ou peinte
à l'aide de teintes naturelles de couleur marron.
Production féminine, elle fait partie des tâches domestiques
quotidiennes de la femme dans cette région.
Le travail du cuir
Comme en témoignent les tanneries de
Tétouan qui pourraient dater du XVème siècle, le
travail du cuir est aussi ancien dans cette ville. La fabrication de
babouches masculines et féminines, de ceintures, de sacs et autres
objets en cuir était très florissante durant les siècles
passés.
Le souk: espace d’échange et
de rencontre
C'est à la fois un espace d'échange
commercial, de transfert des richesses et un forum où sont discutées
toutes les questions d'ordre politique, économique et social.
Le souk est aussi un espace de contact et d'échange socio-culturel
entre les sociétés rurales d'une part et entre celles-
ci et les sociétés urbaines d'autre part, c'est un rendez
vous hebdomadaire où se rencontrent agriculteurs, artisans, administrateurs
etc..., pour négocier, s'approvisionner et régler les
différentes affaires de la vie.
Les pratiques socio-religieuses et éducatives
Ville dont l'histoire a été surtout
marquée par le Jihad contre les incursions étrangères
pendant les XVIème et XVIlème siècles, Tétouan
a toujours constitué un centre de conformisme religieux et de
rayonnement culturel. Elle est connue aussi comme ville de soufisme
et de maraboutisme, comme en témoigne le nombre important de
Zawiyas, mosquées et lieux saints parsemés partout dans
les ruelles de la Médina. Elle est également connue comme
centre d'enseignement théologique et religieux, lequel se pratiquait
d'abord dans les écoles coraniques dès le plus jeune âge
et ensuite dans les mosquées et médersas. Pour se faire
une idée sur ces aspects à la fois culturels et religieux,
le musée offre à son visiteur une présentation
et une interprétation de différentes institutions religieuses
et éducatives.
Espace privé ou d’intimité
féminine
L’espace privé ou intime de la
femme est tout un monde d'activités de détente et de plaisirs
où la femme laisse errer son imagination pour préparer
de délicieux "tagines" ou réaliser de beaux
ouvrages de broderie. Cet espace témoigne des différentes
phases évolutives de la vie de la femme depuis la naissance en
passant par les premiers rites visant à son intégration
à la vie socioculturelle pour arriver enfin à la phase
où la petite fille devenue jeune femme, entame une autre vie
au sein de son nouveau foyer.
La cuisine ou l’occupation culinaire
Cuisiner est parmi les principales occupations
féminines. Une fois que le petit déjeuner est pris, les
hommes partis au travail et les enfants à l'école, la
femme procède à la préparation du pain qui accompagne
le repas suivant….
Accompagnée par son petit bébé assis dans son berceau
et entourée d'ustensiles de différentes formes, elle se
met à la préparation du déjeuner. Toute une tradition.
L’art de broder
La broderie tétouanaise constitue l'une
des broderies les plus originales du Maroc. Elle tient son origine,
d'après de nombreux chercheurs, de l'art turc dont elle garde
encore certains caractères de style et de motifs. Mais la broderie
de Tétouan porte aussi nettement l'influence andalouse introduite
par les émigrés andalous au XVème siècle.
les supports utilisés sont souvent des supports précieux:
Toiles de lin ou tissus en soie avec des tons clairs ou vifs et des
motifs composés essentiellement de flore. Parmi les principales
broderies on cite à titre d'exemple Taajira et Ghorza.
Shedda ou l’art de s’habiller en petite mariée
Dès l'âge de sept ans, les petites
filles tétouanaises sont soumises à certaines pratiques
et rites de passage visant leur intégration et leur initiation
à la future vie d'adulte.
La "shedda" constitue un important rite d'initiation; elle
consiste à habiller la petite fille et la maquiller à
la manière d'une mariée afin de la séduire et de
lui faire prendre conscience de son corps en lui apprenant à
s'y intéresser et à le mettre en valeur.
La "shedda" est célébrée souvent à
l'occasion du 26 ème jour du mois de ramadan, lorsque la fille
jeûne pour la première fois. La cérémonie
commence au coucher du soleil où on fait monter la petite fille
en haut d'une estrade ornée de bouquets de fleurs et de jasmin
avec une monnaie en or (Louise) dans la bouche avant de lui donner à
boire du lait et des dattes pour la rupture de son premier jeûne.
Après ce rite, la cérémonie continue par une fête
animée par la troupe féminine de musique andalouse où
sont conviées les petites filles du quartier, les membres de
la famille et les voisins. La jeune fille ainsi déguisée
en petite mariée sera habillée, maquillée et parée
à la tradition d'une véritable mariée tétouanaise.
Le costume de la "shedda" se compose de plusieurs pièces
qui font l'objet d'une exposition au musée.
La salle tétouanaise ou l’art
de meubler l’espace
C'est la salle typiquement traditionnelle de
Tétouan où se déroule la cérémonie
du trousseau puis celle du mariage, animée par un orchestre totalement
féminin.
La salle est meublée de matelas, du lit de la mariée,
sur lequel sont disposés sept coussins brodés de fils
de soie, symbolisant les sept jours du mariage.
Les murs sont couverts de "Haiti" et les miroirs ornés
de "Tenchifa" brodée.
Au coin de la salle, les beaux coffres du trousseau en bois peint exposent
fièrement le trousseau de la mariée. |