Sauvage et Incertain
Dar B. encore*.
Khalid JALAL ne cesse de sillonner ses plages, son lieu de prédilection. L’environnement marin constitue un réservoir où il puise ses « sujets »
Le regard qu’il y porte et la sélection qu’il opère sont déjà un « acte » artistique en soi.
S’apparente-t-il, pour autant, au Concept du ready made (cher à Marcel Duchamp) déclarant œuvre d’art des objets empruntés au réel présentés tels quels pour leur seule valeur plastique ?
Que l’on s’y méprenne pas : Le réel auquel nous convie l’artiste à travers ces photographies est présenté de manière à nous en donner une image qui soit plus forte encore que nature. Les images présentent, certes, une dimension documentaire mais elles sont, surtout, d’une veine « néoréaliste » Le photographe aime l’idée de montrer « la beauté » qu’on ne sait -ou ne peut- déceler dont se parent ces objets, faune, flore, y compris dans leur « érosion »
Objets d’une réalité autre, métaphores d’un monde paradoxal, tour à tour et tout à la fois onirique, organique et même humoristique
Contraire à tous les canons d’une photographie convenue, cette quête ambitionne de prolonger au cœur d’une thématique pour le moins élastique, un « autre monde », un univers étrange, parfois halluciné. Libre de tout modèle, elle constitue une expérimentation pionnière qui, bien qu’explorant des effets plastiques inédits, elle se préoccupe, avant tout, d’interroger la Photographie elle-même sur son rapport au temps, à l’espace et à la notion d’image.
La transparence et la lumière apportent leur dimension onirique aux images ; elles se présentent comme des tableaux ; la référence à la peinture, en effet, s’impose : cadrages, structures des compositions, l’esthétique y puise et y emprunte un « climat » pour décliner avec un délice paradoxal une qualité particulière d’espace et de rythme et livrer, in fine, une matière picturale âpre.
Le photographe ne vise aucune représentation en particulier mais joue des qualités plastiques qui composent ces éléments de récupération. Si sa manière d’utiliser ces « petits riens » du quotidien et d’en faire matière à œuvre d’art quasi abstraite indique qu’il est sans parti pris, il n’en demeure pas moins un artiste pleinement engagé par le côté expérimental de ses recherches picturales.
Les photographies confèrent aux « sujets » une force poétique peu commune et un caractère d’étrangeté bien servis par une très grande maîtrise technique. Par la grâce des formes et la claire harmonie de leurs enchaînements, elles leur impriment une« aura » qui parvient à transcender la rhétorique figurative.
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* En référence à la dernière exposition de l’artiste : Quelques choses de Dar.B
Khalid Mikou
Février 2008