////MUSEE NATIONAL DES BIJOUX////
-Qasbah des Oudayas-

Le projet d'aménagement et de rénovation du musée des Oudayas en Musée National des Bijoux a été réalisé en collaboration avec la Junta de Andalucia dans le cadre de la coopération culturelle avec

Le Ministère de la Culture, conscient de l'importance des institutions muséales dans la préservation, la diffusion et l'éducation, a procédé à l'aménagement et la rénovation de plusieurs musées selon les normes actuellement en vigueur dans le domaine de la muséologie.

C'est dans ce cadre que s'inscrit la transformation du Musée Ethnographique des Oudayas qui est l'une des premières institutions muséales du Maroc, créé au début du siècle dernier avec une collection ethnographique très riche et variée (textiles, céramiques, bois, bijoux, monnaies, instruments de musique etc.), en Musée National des Bijoux qui présente actuellement à travers une collections riche et diversifié l'art de paraître chez les marocains à travers les âges, les techniques d'exécution et les diversités régionales.

Ce projet vient renforcer les liens fructueux de partenariat entre le ministère de la culture et la Junta de Andalucia . Les projets d'aménagement et de rénovation du musée archéologique, du musée ethnographique et l'école des Arts et métiers à Tétouan et le musée de la Qasbah à Tanger sont de grands exemples de cette collaboration culturelle.


//// Note historique sur le Site Oudayas////

Haut lieu de l'histoire du Maroc, la Qasbah des Oudayas fut à l'origine un fort (Ribat Bani Targha) édifié par la dynastie des Almoravides (X ème - XII ème siècles) sur la pointe de la falaise dominant l'estuaire du fleuve Bou Regreg. Sous les Almohades (XII ème siècle), le Calife Abdelmoumen décid a de maintenir ce fort qu'il réaménagea en résidence princière et forteresse d'appui pour les besoins de la conquête de la péninsule ibérique.

Lorsque Philippe II, roi d'Espagne, expulsa en 1609 près d'un million de mauresques, deux mille émigrants s'installèrent dans la Qasbah. Après avoir été au service de la dynastie des Saadiens, les nouveaux venus se révoltèrent et devinrent indépendants. C'est la naissance de la célèbre république du Bou Regreg qui mène une activité maritime liée à la course. L'histoire agitée de l'estuaire de Bou Regreg trouvera sa fin avec la dynastie des Alaouites, notamment sous le règne de S idi Mohammed Ben Abdellah (1757-1789). Tout au long de son histoire la Qasbah des Oudayas a connu de grands travaux de construction. Il s'agit en l'occurrence de la muraille, des portes almohades et le palais alaouite.

Le bâtiment abritant le musée était à l'origine une demeure princière édifiée entre 1672-1694 sous le règne du sultan Moulay Ismail. En effet, ce fut probablement la résidence du fils du Sultan, représentant du monarque dans la région de Rabat et Salé, le prince Ahmed Ed-Dahbi.

Caractérisé par l'unité de sa conception architecturale, ce bâtiment s'insère dans le modèle des demeures et palais marocains de style andalou-marocain.

///Présentation du Musée National Des Bijoux////

L'actuelle Musée Nationale des Bijoux abrite une exposition permanente dédiée au thème du bijou qui constitue un des aspects importants de l a culture marocaine. Connue par sa richesse et sa diversité qui se manifestent à travers les formes produites, les matières utilisées et les techniques mises en ouvre, la bijouterie marocaine revêt une valeur culturelle attribuée en tant que moyen de mise en exergue d'une esthétique corporelle et vecteur d'une protection supposée voire réelle comme pour les armes.

A la valeur culturelle du bijou s'ajoute aussi une valeur marchande qui découle de la noblesse de sa matière première.

Le parcours muséographique se développe suivant cinq sections indépendantes qui proposent au public une approche monographique sur quelques aspects du bijou marocain. Le visiteur peut ainsi construire son circuit de visite suivant ses propres centres d'intérêt. Ces sections sont:
•  La Salle I est consacrée à la présentation des artefacts archéologiques issus des périodes préhistorique, antique et islamique.
•  La Salle II met l'accent sur les différences entre le bijou masculin et le bijou féminin.
•  La Salle III permet de voir les différentes techniques de fabrication et de décoration ainsi que les outils utilisés à cette fin.
•  La Salle IV présente les rituels et les ustensiles du bain maure.
•  La Salle V met l'accent sur les spécificités régionales des principaux centres de production du Maroc.

////Salle I////

La parure préhistorique et protohistorique

  L'avènement de la parure au Maroc remontrerait au début du paléolithique supérieur, vers le 23 ème millénaire avant J. - C. Outre sa fonction première d'embellir le corps humain, la parure préhistorique façonnée à partir d'éléments naturels (animal, végétal et minéral), fut également portée dans un souci prophylactique afin se protéger des forces de la nature. Les premiers objets de parure sont livrés par les gisements du paléolithique supérieur, représenté au Maroc par la civilisation ibéromaurusienne tels les grottes de Tafoghalt près d'Oujda, de Dar es-Soltan, Lamnasra (Rabat), d'Ifri el-Baroud (Ben Slimane) et d'Ifri n'Ammar (Nador).

Parmi ces objets, on trouve des matières colorantes tel l'ocre rouge ou jaune , des coquilles perforées et des pendeloques en pierre ou en os et des dents. Durant le Néolithique, les coquilles-pendeloques continuent d'être portées, mais dans un but plutôt d'ornementation que de protection. La protohistoire, période marquée par la découverte de la métallurgie, a favorisé l'introduction de techniques plus perfectionnées dans la création des objets de parure. C'est au cours de cette période que les bracelets et les anneaux de cheville font leur apparition. Si les trouvailles archéologiques exhumées dans les nécropoles et l'habitat préhistorique contribuent à la connaissance de la parure de cette époque, les gravures rupestres représentent de leur part une source d'information très importante comme c'est le cas pour les fibules gravées sur une dalle à Taznakht (région de Ouarzazate).

La parure préromaine

Les sources historiques remontent la fréquentation des côtes du Maroc par les premiers navigateurs phéniciens au XII ème siècle avant J.-C. S'il est difficile de reconstituer le mode de vie des autochtones à la veille de la période historique, la marque des influences phénico-puniques est assez bien décelable. Les recherches archéologiques récentes effectuées sur les sites de Lixus et sa région, à Banasa, à Thamusida, à Dchar jdid et dans le Rif ont renouvelé l'intérêt sur cette période richement représentée et matérialisée par plusieurs témoignages où les bijoux tiennent une place importante. Les bijoux en or et en argent (boucles d'oreilles en or, pendeloques à boisseau, médaillons, colliers, etc.) découverts dans les nécropoles de la région de Tanger, la nécropole de Reqqada aux alentours de Lixus et à Banasa témoignent de l'importance de l'orfèvrerie phénico-punique au Maroc et attestent la présence de relations commerciales entre le Maroc et les autres centres de la Méditerranée.

L'influence punique commence à se déceler dans la bijouterie locale dès le IV ème siècle avant J.-C. et se maintient durant la période des rois maurétaniens entre la fin du III ème siècle av. J.-C. et l'annexion de la Maurétanie à l'empire romain après l'assassinat du roi Ptolémée en 40 ap. J.-C. Le rayonnement de la bijouterie punique rend difficile le fait de savoir si l'apport venait directement de Carthage ou par l'intermédiaire de la péninsule ibérique. Le type d'anneaux à ligature de forme circulaire ou ovale, aux extrémités superposées et enroulées est très répandu en Espagne notamment à Villaricos et à Ibiza. La boucle d'oreille de Lixus en forme de croissant gravé du signe de la déesse Tanit, n'a de pareil qu'à Ibiza. Tandis que le pendentif de Banasa en forme de rosace à pétales se rapproche, par son style et ses dimensions de ceux de Cadix, d'Ibiza et d'Aliseda en Espagne.

L'art de la parure à l'époque romaine

A l'époque romaine, les bijoux du Maroc s'échelonnent du I er au III ème siècle après J.-C. Le type de boucle d'oreille à enchâssement cassé est une création romaine du III ème siècle. La technique de fabrication des bagues d'époque romaine utilisait rarement le filigrane et la granulation. L'emploi de la pierre associée à l'or est très fréquent à cette époque. Cette tendance n'exclue pourtant pas l'usage des bagues métalliques qui subsistent au II ème et III ème siècles. D'autres formes de bagues ont été appréciées telles celles à chaton élevé.

  La parure islamique à l'époque médiévale

Les fouilles archéologiques au Maroc ont intéressé, en particulier dès les années 1970, plusieurs sites en l'occurrence Belyounech, Badis, Ksar Sghir, Basra, Sijilmassa, Nekkour, Aghmat, à Tamdoult et Tinmel.

Parmi le mobilier archéologique exhumé lors des différentes fouilles, les bijoux détiennent une place importante. Qu'il s'agisse d'or, d'argent doré, de bronze ou de pâte de verre, ces précieuses parures ont manifestement une valeur esthétique, économique et sociale indéniable. Les colliers, constitués de perles de différentes matières, les bracelets et les boucles, les porte-amulettes et les fibules ou encore les pièces de monnaie en or et en argent réutilisées comme pendentifs ou pendeloques, sont autant d'exemples qui témoignent de l'intérêt accordé à la parure dans la société marocaine pendant la période islamique.

////Salle II////

Au Maroc, on distingue deux types de bijoux. On trouve le bijou rural et le bijou citadin. Chacun présente des variétés et des particularités locales ou régionales. Ces deux ensembles majeurs se déclinent en sous groupes de bijoux féminins et masculins.

Le bijou rural, exclusivement en argent, révèle les différentes techniques de fabrication (niellage, filigrane, gravure, ajourage, etc.). Les plus beaux éléments de parure rurale sont produits dans les ateliers de l'anti-Atlas (Tiznit, Ida ou-Nadif.).

Le bijou citadin, généralement en or ou en argent doré, constitue l'essentiel des accessoires de la parure féminine: le Taj (couronne de la mariée), la Lebba - pectoral - (collier enrichi d'or et de pierres précieuses), les boucles d'oreilles et les bracelets en or massif. Ces bijoux sont portés à l'occasion des grandes cérémonies comme les fiançailles et le mariage, etc.

D'autres part, les armes constituent les éléments d'apparat pour les hommes. On distingue les fusils du Nord, les fusils du Sud et leurs accessoires (les étuis pour le port du Dalil al-Khaïrat «recueil de prières»), les cornes et les poires à poudre), les sabres et les poignards (Khanjar) qui sont divisés en trois catégories (Koumiyya, Sboula et Khanjar). Toutes ces armes blanches et à feu sont de véritables bijoux et font partie intégrante du costume d'apparat masculin.

Le bijou masculin

Au Maroc, les bijoux masculins proprement dits se limitent aux bagues. Néanmoins, d'autres objets utilisés par les hommes revêtent une dimension esthétique indéniable. C'est le cas, par exemple, des chapelets, des tabatières et des boîtes qui servent pour le port d'un recueil de prières (Dalil al-Khairat). Par ailleurs, cette portée esthétique a trouvé dans les armes et leurs accessoires des supports d'expression appropriés. En plus de leurs rôles élémentaires en tant qu'outils de combat, les armes blanches ou à feu sont conçues comme de véritables

En effet, les armes blanches n'étaient pas uniquement des outils de combat, mais également des marques de prestige et d'affirmation du rang social. Parmi ces armes le poignard, symbole de bravoure et de virilité, a pu défier le temps. Encore aujourd'hui, il est considéré par les habitants des montagnes et de la région du Souss comme un attribut essentiel du costume masculin notamment lors des fêtes et des cérémonies. Ses poignées, ses fourreaux ainsi que ses bandoulières furent l'objet de variations très nombreuses selon les régions, les tribus et les statuts sociaux de leurs propriétaires.

En général, on peut distinguer trois catégories de poignards : «La koumiyya», le «khanjar» à lame recourbé et «la sboula» à lame droite. Les fourreaux sont gravés ou ciselés de motifs multiples, le plus souvent recouverts de cuivre ou d'argent et peuvent être incrustés de pierres précieuses, d'ivoire ou d'os. Les poignées les plus prisées sont celles qui sont en corne de rhinocéros, corne de buffle ou bois nobles avec garnitures d'or ou d'argent. Les bandoulières sont dans la plupart des cas en soie tressée.

Les sabres marocains se caractérisent par la forme particulière de leur poignée. Celle-ci en corne ou en bois est munie d'une garde à quatre quillons aux extrémités piriformes dont l'un se prolonge en angle droit vers le pommeau. La garde est en fer souvent damasquinée d'or ou d'argent, la virole est en argent ciselé parfois émaillé et le fourreau est en argent ciselé.

Les armes à feu sont constituées essentiellement par deux types de fusils : l'un, dit «bouhabba», est caractérisé par un mécanisme de détonation à capsule et une crosse élargie épousant une forme triangulaire. L'autre, dit «bouchfer», se distingue par un système de propulsion en pierre à silex et des crosses de différentes formes incrustées d'ivoire, d'os ou de nacre et décorés d'appliques d'argent ciselé. Dans les deux cas, le canon est garnie de nombreuses capucines en argent ou en cuivre ouvragé. Les boîtes à poudre se présentent sous diverses formes richement décorées d'appliques d'argent ou de cuivre.

Le bijou féminin

Le bijou féminin, fabriqué généralement en or ou en argent doré, constitue l'essentiel de la parure féminine. Toutes les pièces rivalisent de richesse décorative: le «taj», diadème de la mariée, se joint ainsi à d'autres parures de tête désignées sous les termes de «ayyâcha», «nwâch et khayt al-rih». Les boucles d'oreilles présentent plusieurs types : «mfatel», «khrâs kbach» et «khrâs 'amara». Citons encore les colliers à pendentifs ou «la lebba», collier-pectoral enrichi de pierres précieuses et semi-précieuses, les fibules en or ajouré, ciselé, serties de pierreries et perles etc. En dernier lieu, viennent les bracelets à côtes d'or et d'argent alternées, appelés «shems u qamar», ou encore les anneaux de cheville filigranés.

Ces bijoux ne sont portés que pendant les grandes occasions (mariages et fêtes). En plus de sa valeur esthétique, le bijou citadin était un véritable moyen d'épargne familial, car il constituait un placement sûr des économies d'une famille citadine. Les principaux centres de fabrication sont : Essaouira, Marrakech, Fès et Tétouan. Leurs productions sont reconnaissables à leurs techniques de réalisation. Les bijoux anciens portaient, pour la plupart, les poinçons des villes où ils étaient fabriqués.

Bijoux ruraux

Les bijoux ruraux traditionnels formaient une parure diversifiée selon les régions. En général, l'ensemble pariétal féminin se compose d'un diadème ou frontal couvrant la tête, de temporaux ou ornement de tresse, de boucles d'oreilles, de fibules (sortes de broches pour retenir le drapé), de pectoraux, de bracelets, de bagues et d'anneaux de cheville. Outre l'argent, le cuivre et le fer constituaient la matière première des bijoux ruraux qui sont parfois fabriqués en bronze, d'alliage de cuivre avec l'étain ou de plomb. Certains centres de production se sont spécialisés dans des techniques et des formes spécifiques qui ont fait leurs réputations.

Bijoux citadins

Les bijoux citadins sont les ouvres produites dans les grands centres urbains tel que Fès, Meknès, Marrakech, Essaouira, Tétouan et Tanger. La technique de fabrication de ces bijoux est plus élaborée et plus raffinée par rapport à celle pratiquée dans les centres de production ruraux et l'or en est le matériau le plus utilisé. Le répertoire décoratif dans lequel les bijoutiers puisent leurs éléments renvoie aussi bien à l'art amazigh qu'à l'art hispano-mauresque. Des compositions, généralement florales et/ou géométriques, sont rehaussées de cabochons en pierres précieuses (rubis, grenats, émeraudes ou perles) et serties de verroteries dont l'harmonie des couleurs confèrent aux bijoux citadins toute leur beauté tels ces splendides « lebba » ou pectoral de la mariée.


//// Salle III////

Les techniques

Le bijoutier marocain est parvenu à donner à son art des caractéristiques qui lui sont propres, au point que chaque région du Maroc a su créer et imposer son propre style qui se manifeste à travers les techniques de réalisation,les formes, les choix des motifs et les compositions ornementales.

Les matériaux les plus utilisés sont l'or et l'argent, mais par le passé, les artisans ont fait appel à d'autre matières plus élémentaires tels que l'os, la pierre, les tests d'oufs, les canines, les coquilles, l'ivoire et le bronze.

Malgré la diversité des matières, les techniques et les formes persistent à travers l'histoire :

  • Le découpage
  • Technique de l'ajour
  • Le filigrane
  • La ciselure
  • La gravure
  • L'émaillage
  • Le niellage
  • La dorure

L'évolution historique de la bijouterie marocaine

Les techniques de fabrication des bijoux au Maroc dépendent des matériaux disponibles. A l'époque préhistorique, l'homme utilisait la peinture corporelle et des éléments à base de produits d'animaux tels que les tests d'oufs d'autruche, les coquilles, l'os et les dents, ainsi que la pierre et l'ivoire qu'il façonne et percute.

Durant les périodes historiques, la bijouterie du Maroc s'est considérablement développée conséquence des relations et échanges culturels au sein de la Méditerranée. Des techniques plus élaborées firent leur apparition comme le filigrane, le moulage, la gravure, la soudure, la granulation et d'autres procédés exécutés sur des matériaux apparaissent aussi tels que l'argent, le plomb, le bronze, la pâte de verre, l'or, les pierres précieuses, les perles et le corail.

Matières et outils du bijoutier

Malgré la variété et l'abondance de la production bijoutière traditionnelle, le travail des joailliers marocains s'effectuait avec des outils très limités. En effet, les ateliers des anciens bijoutiers renfermaient les instruments suivants:

Une forge comprenant un foyer auquel aboutit le bec du soufflet actionné à la main pour activer la combustion des braises.

  • Une enclume en fer pour la mise en forme.
  • Un petit creuset de terre réfractaire pour fondre le métal.
  • Une filière pour la confection de fils métalliques.
  • Un trépied de bois qui sert de support de travail.
  • Des moules pour la confection de certaines formes.
  • Des marteaux, des pinces, des limes, des ciseaux et des ciselets.

Techniques de fabrication

Les artisans bijoutiers marocains ont employé plusieurs techniques dans leurs productions, héritées d'un passé très lointain et matérialisant des spécificités culturelles. Ainsi, le moulage, le découpage, le nielle, le filigrane, la ciselure, la gravure et la dorure sont, en l'occurrence, les principaux procédés techniques utilisées qui reflètent une diversité et des particularités remarquables.

Le procédé le plus simple et le plus ancien utilisé par les bijoutiers est le moulage. L'argent à titre d'exemple était obtenu à partir de la fonte de lingots de métal pur «rahha», mélangé à de vieux bijoux «chadhaya» et du cuivre rouge. Le tout est placé dans un creuset en argile réfractaire «bot», avant d'être chauffé avec de l'arsenic et coulé dans un moule de sable fin appelé «tazriq». Les meilleurs exemples obtenus par cette technique sont les lourds bracelets côtelés ou à pointe, les anneaux de cheville, les fibules et les boucles d'oreilles.

Le découpage consiste à découper de minces feuilles d'argent en plaquettes de dimensions et de formes différentes et les assembler par des anneaux et des chaînettes pour former des parures de têtes ou des colliers. Afin d'obtenir des motifs ajourés, souvent observés dans les anneaux de cheville et les pectoraux, l'artisan utilise un mince foret et une scie très fine pour perforer et évider le métal.

Le niellage est une technique principalement connue dans l'ornementation des parures des tribus des «Aït Seghrouchen» au Moyen Atlas. Elle nécessite l'incrustation d'un émail noir, d'origine végétale ou minérale, dans un motif légèrement gravé en creux sur une surface d'argent, avant de le chauffer pour permettre son adhésion au métal. Une fois refroidi, le bijou est poli pour en égaliser la surface et refléter le contraste entre la teinte noire du nielle et le fond éclatant de l'argent.

L'émaillage est un autre procédé d'obtention et d'incrustation de la couleur dans le décor : des pâtes de différentes couleurs sont extraites de petites perles pilées dont la matière obtenue remplie les différents motifs floraux ou géométriques tracés par des fils d'argent, et chauffée pour être fondue et polie. Les bijoux produits dans l'Anti-Atlas, notamment à Tiznit, à Ouarzazate et à Taznakht sont des exemples éloquents de cette technique.
Le filigrane est une technique qui utilise des filets et des petits grains soudés. Nous distinguons le filigrane ajouré spécifiant les bijoux de Taliouine, Essaouira et Tiznit, et le filigrane cloisonné caractérisant ceux de Ouarzazate et de Tazanakht. Le premier est réalisé à partir de fils simples ou torsadés de différents calibres, alors que le second consiste à appliquer sur des feuilles de métal des filets plats pour délimiter les champs à émailler.

Parmi les techniques récurrentes dans la bijouterie marocaine, nous distinguons également la ciselure qui correspond à trois types : la ciselure au fondu, la ciselure prise sur la pièce et la ciselure au repoussé. La première est appliquée pour parfaire les objets après leur sortie du moule. La seconde consiste à fixer le bijou sur un trépied appelé «Hammar», et sculpter les motifs à l'aide d'un ciselet en suivant un schéma préalablement dessiné. Quand à la ciselure au repoussé, elle ne concerne que les objets d'épaisseur réduite et permet d'obtenir un relief plus au moins accentué quand l'artisan frappe sur le revers de la pièce pour repousser le métal.

La gravure est proche de la ciselure. Elle est essentiellement appliquée sur les objets massifs dont les décors sont façonnés à l'aide d'un burin en acier. Cette technique est caractéristique des bracelets produits à Foum Zguid.

La dorure, procédé uniquement employé en milieu citadin, consiste à appliquer sur l'objet à dorer un mélange d'or et de mercure et le chauffer jusqu'à ce que celui-ci s'évapore.

////Salle V////

  La bijouterie marocaine est caractérisée par sa richesse en styles, en variantes à l'intérieur d'un même style, et en nuances entre ces dernières. Les ensembles exposés dans cet espace sont représentatifs des principaux styles citadins et ruraux des différentes régions : Rabat, Fès, Meknès, Tétouan, Marrakech, Essaouira, l'Anti-Atlas et le Sahara.

La répartition et l'ordonnance des parures d'une façon générale, obéissent plutôt aux espaces de port du bijou qu'aux centres de production. En effet, un grand centre de production tel que Marrakech ou Essaouira peut produire différents styles. Des espaces d'usage peuvent renfermer plusieurs petits ateliers locaux qui génèrent des variantes locales. A titre d'exemple, certaines tribus du versant occidental du Haut Atlas (Fetouaka, Ghoujdama, Glaoua, etc.) s'approvisionnaient autrefois à Marrakech et à Demnate ou encore à Sidi Rahal ou bien achetaient des bijoux aux artisans juifs vivant dans les vallées de la région.

Par ailleurs, la présence de nombreux groupes ethniques dans certaines régions -versant sud de l'Atlas et oasis (Jbel Bani, vallées du Draa et du Dadès)- confère à ces dernières un grand nombre de styles. 

Les styles et les variantes se distinguent aussi par la matière utilisée (argent, nielle, émail, corail etc.), les techniques mises en ouvre (moulage, ciselure, émaillage etc.), les motifs figurés, les formes des éléments constituant le bijou (sphères, plaquettes triangulaires, pièces de monnaie, fibules ovales, pendentifs cruciformes etc.) et par l'agencement de ces derniers, selon un ordre donné : horizontal (Zayane), vertical (Aït Seghrouchen), etc.

Il est à signaler que certains centres de production ne produisent pas seulement pour eux-mêmes mais surtout pour les tribus environnantes dont ils sont des chefs-lieux : ainsi, les bijoutiers d'Essaouira réalisent des bijoux filigranés non seulement pour les citadines de cette ville mais aussi pour les femmes des tribus voisines telle celle de Haha. De même, les artisans de Marrakech produisent aussi bien des fourreaux de sabres citadins que des poignards destinés à compléter la parure des hommes de différentes tribus du Haut Atlas Occidental telles Messioua, Ourika, etc... Certains spécimens sont présentés dans l'espace réservé aux bijoux masculins.

  Diversités régionales

  •  La ville de Fès

La ville de Fès constitue un centre de production artisanale où la bijouterie occupe une place de choix. Les bijoutiers y pratiquent des techniques variées avec diverses matières. Toutefois, l'or est le matériau le plus utilisé. Les techniques de fabrication et de décoration les plus répandues sont la dorure, l'ajouré, le découpage, le repoussage, le sertissage et la ciselure. L'ensemble pariétal de la femme de Fès se compose des éléments suivants : un diadème en or orné de pierreries (Taj), un frontal de perles et de pierres vertes (Khit Errih), des garnitures de tempes (Zraïr), des réseaux perlés (Nouachat), des bandes de tissu brodées d'or, un plastron étagé de perles blanches et des boules de perles vertes et de soie.

•  La Ville de la Meknès

Utilisant les procédés techniques des centres urbains, Meknès se distingue cependant par l'emploi d'un émail bleu cobalt qui donne un éclat particulier aux bijoux de cette ville, sans oublier la technique décorative du sertissage de pierres précieuses, semi-précieuses ou de simple verroterie qu'on introduit dans le métal du bijou.

  •  La ville de Tétouan

A Tétouan, la grande diversité des techniques, des formes et des décors des bijoux est le reflet d'influences andalouses très profondes. Héritière incontestée d'un raffinement esthétique et d'une créativité artistique qui ont longtemps unifié les deux rives de la Méditerranée , la ville de Tétouan a conservé des procédés techniques très élaborés qui vont de la ciselure au sertissage tout en joignant le filigrane, le cloisonné et l'émaillage.

•  La ville d'Essaouira

Vu sa position géographique en tant que carrefour des tribus amazighs et arabes, la ville d'Essaouira a pu développer une tradition bijoutière d'une richesse remarquable. Différentes techniques sont mises en ouvre pour la fabrication et la décoration des bijoux. Parmi ces procédés, la ciselure, le filigrane et la technique de l'ajour ont marqué l'orfèvrerie d'Essaouira dès son début. Ce dernier procédé consiste à percer la matière pour obtenir des motifs qui captent ou reflètent la lumière créant ainsi un jeu de lumière qui demande une grande précision. Le filigrane est un ouvrage d'orfèvrerie fait de fils tordus et de grains d'argent soudés. Lorsque ce travail est réalisé sur des plaques d'argent, on parle de filigrane non ajouré. Le filigrane ajouré, quant à lui, consiste en l'utilisation de fils d'argent de différents calibres tordus et se déroulant sous formes de motifs en spirale constituant aussi bien l'ossature que les éléments décoratifs.

  •  La ville de Marrakech

A l'image des autres villes impériales du Maroc, Marrakech regorge d'artisans bijoutiers talentueux. Ce savoir-faire ne doit rien au hasard mais s'inscrit dans une longue pratique de l'orfèvrerie au niveau du sud marocain Marrakech est un atelier où se conjuguent les techniques de fabrication et de décoration les plus diverses au point qu'il s'avère difficile de dégager des traits typiques. Il reste que l'ornementation des bijoux de Marrakech par des pierreries et verroteries polychromes, de pièces de corail et de cabochons d'argent est un fait généralisé.

  •  L' ??? A nti-Atlas

La région de l'Anti-Atlas marocain est une région très riche au niveau de la production bijoutière. Dans cette région, Tiznit apparaît comme le centre de brassage des différentes techniques de fabrication et de décoration des bijoux de cette région. Ils semblent que le filigrane, l'émaillage, le cloisonné et le sertissage en pierres de couleurs, de verroteries et de corail sont les techniques de prédilection des bijoutiers de cette ville. Dans la même région les Ida ou Nadif sont réputés pour la richesse de leurs bijoux (frontaux, pectoraux, boucles d'oreilles, colliers, etc..) et aussi de leurs armes (poignards, fusils, boîtes à poudres). Le niellage reste la technique de décoration la plus utilisée par les artisans de cette tribu.

•  Le Sahara Marocain

La bijouterie du Sahara marocain est d'une richesse exceptionnelle. A côté des différentes séries des bijoux féminins, le bijou masculin se trouve enrichi par des tabatières et des chapelets. Les éléments du décor sont le plus souvent géométriques, l'argent, le cuivre, la corne et l'os constituent l'essentiel des matières utilisées. La gravure, la ciselure et l'incision sont les principaux procédés mis en ouvre pour la réalisation des bijoux qui séduisent par beauté du travail réalisé que par la qualité des matériaux employés. A l'instar des autres régions du Maroc, certains bijoux du Sahara requièrent une connotation prophylactique comme les bagues dites «Chriaa» du nom d'une pierre africaine avec laquelle leurs chatons sont sertis.

•  La Ville de Rabat

Jadis, la ville de Rabat n'était pas un centre important de fabrication de bijoux. Au début du XX ème siècle lorsqu'elle fût promue capitale du Royaume, la bijouterie, comme d'autres activités artisanales, connut un épanouissement évident. On y pratiquait beaucoup la dorure et le sertissage. L'émeraude, le grenat, les rubis, le saphir, l'améthyste et le diamant sont les pierres précieuses les plus courantes dans la composition des bijoux de Rabat qui s'apparentent à ceux de Fès.